Portrait de femmes d’exception #2 : Laura Mulvey, et son essai « Plaisir visuel et cinéma narratif »

Hello, vous allez bien ?

Aujourd’hui, je dresse le portrait d’une nouvelle femme d’exception et dans cet article, nous allons nous consacrer à Laura Mulvey. Elle est critique de cinéma, réalisatrice, féministe et théoricienne. Elle a également été professeure, dans des universités et invitée dans d’autres. Elle a écrit quelques ouvrages, notamment l’essai « Plaisir visuel et cinéma narratif » qui deviendra plus tard un article fondateur des études féministes sur le cinéma, et duquel je vais vous parler, plus spécifiquement. Elle y parle de féminisme et elle explore les thèses psychanalytiques de Baudry et Metz, mais dans une optique féministe. Et je vous parlerai également de son film Riddles of the Sphinx, qu’elle a co-réalisé avec son mari, Peter Wollen, et qui explore le féminisme et la psychanalyse.


  • Développement de sa théorie

Laura Mulvey a publié son essai Plaisir visuel et cinéma narratif en 1975 dans la revue britannique de cinéma Screen. Elle lavait écrit deux ans plus tôt. Aujourd’hui, il est considéré comme un article majeur et fondateur des études et recherches féministes sur le cinéma, bien qu’il ait eu le droit à beaucoup de critiques, de rectifications même de la part de son autrice. Laura Mulvey analyse le cinéma de son époque à travers des théories psychanalytiques comme celles de Jean-Louis Baudry ou de Christian Metz, mais toujours sous un angle féministe. Elle va se servir de la psychanalyse pour mettre en avant le fait que l’inconscient de la société patriarcale structure la forme filmique, en elle-même. Ici, je vais donc vous parler du texte de 1975, bien que Laura Mulvey elle-même ait fait quelques corrections depuis, notamment sur les pratiques des spectateurs avec l’arrivée du numérique.

Dans une première partie, Laura Mulvey s’appuie sur les travaux de Freud et Lacan pour définir d’où vient le plaisir du spectateur au cinéma. Elle étudie également comment est construite la figure féminine dans les films pour que les instincts voyeuristes du spectateur soient satisfaits. Laura Mulvey met en évidence le fait que le film joue sur l’interprétation de la différence sexuelle, qui est clairement établie dans la société et qui domine les images, le spectacle et la façon érotique de regarder. Dans son essai, Laura Mulvey incorpore l’idée freudienne du phallocentrisme. Selon elle, la femme symbolise, dans les films et dans l’inconscient patriarcal, la peur de la castration, puisqu’elle n’a pas de pénis. Cela étant démontré, la femme doit en plus élever son enfant, puisque justement c’est son rôle, vu qu’elle n’a pas de phallus.

Toujours d’après cette théorie, donc dans l’inconscient patriarcal, selon Mulvey, la femme comble symboliquement son manque de sexe masculin par son enfant qui devient donc un substitut. La femme est donc, dans la société patriarcale, une porteuse de sens, sans être une créatrice de sens. L’homme peut se laisser aller à ses fantasmes, mais la femme doit toujours restée à sa place.

Laura Mulvey met en évidence que, dans les films, tout est construit selon l’inconscient de la société patriarcale, que ce soit les personnages, les dialogues, les histoires, les images. La femme n’est alors qu’un personnage au second plan, qui sert le personnage masculin. Cela reproduit consciemment ou inconsciemment les rôles typiques que les hommes et les femmes ont dans la société. L’homme va regarder et donc être actif dans le processus, alors que la femme sera plutôt dans un rôle passif, où c’est elle qui va se faire regarder. Au cinéma, le rôle des femmes est, le plus souvent, de provoquer du désir. Leur apparence, à l’époque où Laura Mulvey écrit ce texte, est tout le temps la même, il y a des codes qui vont servir à créer un impact visuel et érotique. Le personnage féminin sert plus d’objet sexuel, que de réel personnage qui pourrait changer le cours de l’histoire.

À l’ère du cinéma classique hollywoodien, les spectateurs ont été encouragés à s’identifier aux protagonistes, qui étaient et sont toujours massivement masculins. Pendant ce temps, les personnages féminins hollywoodiens des années 1950 et 1960 étaient, d’après Laura Mulvey, codés pour être regardé alors que le positionnement de la caméra et le spectateur masculin constituaient le «porteur du regard». Mulvey propose deux modes distincts du regard masculin de cette époque: «voyeur» (voir la femme comme image «à regarder») et «fétichiste» (voir la femme comme un substitut au «manque», la peur psychanalytique sous-jacente de la castration). Selon Mulvey, la seule façon d’anéantir le système patriarcal hollywoodien est de remettre radicalement en question et de redéfinir les stratégies cinématographiques de Hollywood classique avec des méthodes féministes alternatives. Elle appelle à un nouveau cinéma d’avant-garde féministe qui romprait le plaisir narratif du cinéma classique hollywoodien.

  • Rapport de sa théorie avec le film Riddles of the Sphinx

Deux ans après son essai Plaisir visuel et cinéma narratif, Laura Mulvey décide de réaliser Riddles of the Sphinx, avec Peter Wollen, son mari. Son travail deux ans plus tôt l’a inspiré pour réaliser ce film expérimental féministe. Dans ce film, elle explore la scopophilie (qui est le plaisir de regarder) et le regard masculin, mais aussi la représentation de la femme dans la société, la relation mère-fille ou encore la place de la maternité dans les mœurs. Le film se déroule dans plusieurs lieux, autant privés que publics et se compose de treize scènes distinctes qui sont pratiquement toutes filmées en plan séquence circulaire, de longs et beaux panoramiques à trois-cent soixante degrés. L’histoire est simple, le personnage principal, Louise, fait face à des changements dans sa vie et doit apprendre à vivre avec sa vie domestique et la maternité.

Laura Mulvey a écrit que le cinéma classique hollywoodien favorisait le spectateur masculin dans son désir de pouvoir regarder les femmes, et donc son film est une tentative de fusion des formes plus modernes, quant au personnage féminin, tout en explorant le féminisme et les théories psychanalytiques. Ce film fait partie d’un mouvement qui va explorer et créer un langage féministe au cinéma, autre que toutes les normes narratives que l’on connait jusqu’à présent.

Dans son essai, Laura Mulvey avance la théorie selon laquelle le cinéma dominant produit du plaisir par la scopophilie, qui favorise donc le regard masculin et la fétichisation de la femme comme objet. Il va donc s’agir ici de construire des versions alternatives du cinéma, pour avoir de nouvelles formes, des formes différentes de plaisir basées sur les relations psychique. Et pour Laura Mulvey, cela se traduit par le fait d’adopter une perspective féministe.

Laura Mulvey et Peter Wollen ont voulu faire quelque chose de nouveau pour ce film, cela représente un peu l’antithèse du plaisir cinématographique selon le plaisir dominant de l’époque. Le film est rempli de longs plans à trois-cent soixante degrés, qui vont lentement, un manque d’exposition, et un focus sur les politiques de genre de la vie domestique.

La caméra n’est pas tout le temps braquée sur la femme pour la montrer comme un objet, au contraire, elle apparait réellement, frontalement, seulement quand elle est personnage, un personnage à part entière, qui est la clé de ce film. Dans Riddles of the Sphinx, des voix de femmes sont entendues, mais rarement identifiables. Cela souligne le fait que le discours de la femme est souvent perdu dans l’inconscient collectif. Plutôt que d’entendre une voix off traditionnelle, Laura Mulvey a choisi de mettre en évidence une multitude de voix, la voix de Louise mais également celles de ses amies et collègues. Cela est, selon Mulvey, un « retour constant à la femme, non pas en tant qu’image visuelle, mais comme un sujet de recherche, un contenu qui ne peut être considéré dans les lignes esthétiques établies par la pratique cinématographique traditionnelle. »

Laura Mulvey, à travers sa théorie et son film, a permis de mettre en lumière les théories féministes à une époque où cela n’était pas réellement un sujet. Bien qu’elle soit revenue sur certains de ses propos, et qu’elle dise maintenant que son essai est plus un manifeste qu’un article académique, il reste un article fondateur dans les théories féministes. Sa théorie est très intéressante et elle éclaire son film. Laura Mulvey, encore aujourd’hui, s’implique et se bat pour le droit des femmes et la place des femmes dans la société. C’est quelque chose qui l’a animé la grande majorité de sa vie, et qui est très utile aujourd’hui. A l’époque, ces idées étaient novatrices, et pour certaines, elles le sont encore aujourd’hui, mais petit à petit, les mentalités sont en train de changer, et les femmes trouvent, doucement, leur place dans le cinéma. Dans beaucoup de films encore, elles sont au second plan, mais parfois elles volent la vedette et sont les personnages principaux !


Voilà, c’est fini ! J’espère que cet article vous a plu, il était un peu plus poussé et théorique que celui sur Agnès Varda mais j’espère que vous avez quand même pris du plaisir à le lire, et à découvrir cette extraordinaire théoricienne de cinéma. N’hésitez pas à me laisser un petit commentaire, pour me dire ce que vous pensez de l’article ou si vous voulez que je parle d’autres femmes d’exceptions, qui vous inspirent ! Sur ce, je vous souhaite une bonne continuation et n’oubliez pas, soyez audacieux !

P.S. : J’ORGANISE UNE NOUVELLE FAQ : Je vous invite à me poser toutes les questions que vous voulez, sur le blog, sur ma vie, mes études, … Peu importe, tout ce que vous voulez savoir sur moi, j’y répondrai ! Et bien entendu, comme pour la première édition, je mettrai le lien de votre blog si vous en avez un, pour que les lecteurs puissent venir vous voir 🙂

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