La place des femmes dans le cinéma #3

Hello, vous allez bien ?

Aujourd’hui, troisième et dernière partie du dossier sur la place des femmes dans le cinéma. Dans cet article, je vais vous parler du cinéma féminin, qui est un genre bien précis aux États-Unis, et qui n’est pas encore très connu en France, mais qui commence à s’exporter !


  • Qu’est-ce que le cinéma féminin ?

Le cinéma féminin comprend tout ce qui concerne le travail, de près ou de loin, des femmes dans le cinéma. Cela peut aller des productrices, directrices de la photographie aux scriptes, ou aux actrices. Ce genre de cinéma aborde également l’histoire des femmes et le développement des personnages féminins à travers les scénarios. Le cinéma féminin donne une certaine reconnaissance au travail cinématographique des femmes du monde entier, autant dans les films de fictions, que dans les documentaires, par exemple. Il y a des festivals – comme le Sundance Film Festival – qui reconnaissent et récompenses le travail de ces femmes. Cependant, le concept de cinéma féminin a reçu beaucoup de critiques et certaines femmes ont donc décidé de s’en éloigner, pour éviter d’être associées à une controverse idéologique, et que leurs films soient catégorisés comme des films féministes.

Pourtant, de nombreuses femmes y ont participé, de près ou de loin. Comme nous l’avons dit précédemment, Alice Guy-Blaché, qui a été la première réalisatrice au monde, s’inscrit dans ce genre de cinéma. Lois Weber, productrice et réalisatrice américaine, a été inspirée et coachée par Alice Guy-Blaché. Elle a notamment été connue pour ses films qui parlent de problèmes sociaux complexes, comme par exemple dans Where are my children ?, sorti en 1916 qui interroge sur les questions de l’avortement et du contrôle des naissances.

Dans les premières années après la naissance du cinéma, les femmes scénaristes étaient très plébiscitées pour leur travail. Pendant la période du cinéma muet, de grands noms ont vu le jour : Frances Marion, Anita Loos ou encore June Mathias, qui a été la première cadre exécutive à Hollywood. Mais par la suite, le cinéma est devenu de plus en plus conventionnel et les femmes sont alors reléguées au second plan. Dorothy Arzner est la seule réalisatrice à avoir continué de réaliser des films pendant cette période. Même s’ils étaient beaucoup plus conventionnels qu’auparavant, on pouvait tout de même retrouver des éléments féministes dans toutes ses réalisations.

En Europe, des femmes ont été les premières à découvrir le potentiel artistique et politique des vidéos. Germaine Dulac, réalisatrice et productrice française, a également beaucoup contribué à développer l’image de la femme dans le cinéma.

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  • Impact sur la société américaine

A la fin des années 60, la nouvelle gauche était à son apogée, et la deuxième vague de féminisme commençait. Ces deux mouvements se sont alliés pour s’opposer au « cinéma dominant », soit plus clairement Hollywood aux Etats-Unis, et le cinéma d’auteur bourgeois en Europe. Hollywood était notamment attaqué sur le fait qu’il diffusait des stéréotypes racistes, sexistes et impérialistes. Les femmes ont alors décidé de s’allier pour former des collectifs et leurs propres groupes de cinéma. Les premiers films féministes parlaient souvent de leurs expériences personnelles. Un des premiers chefs-d’œuvre fut Wanda de Barbara Loden, qui est l’un des films les mieux réalisés et les plus poignants pour dresser un portrait de l’aliénation.

Un des principaux objectifs du féminisme, à cette époque, était de résister à l’oppression de la sexualité féminine. Dans de nombreuses sociétés occidentales, l’avortement était encore controversé et les féministes s’opposaient au contrôle de l’Etat et de l’église. Pour se défaire des habitudes, et explorer la sexualité féminine, les femmes vont par exemple se tourner vers des formes de sexualité qui n’étaient jusqu’alors pas autorisées comme le lesbianisme ou le sadomasochisme. Elles vont également représenter l’hétérosexualité du point de vue de la femme, ce qui n’avait jamais été fait. Et qui est encore trop rarement fait de nos jours. Les femmes ont également voulu combattre et résister à la violence patriarcale. C’est pourquoi beaucoup de féministes ont adhéré aux mouvements pacifiques des années 80. Cependant, la femme « pacifique » était également un cliché patriarcal et par conséquent, il fut beaucoup critiqué.

En général, les femmes au cinéma étaient représentées comme dépendantes d’un personnage masculin, très émotives et employées à des fonctions au statut inférieur à celui des hommes. Les femmes sont sous-représentées, pendant que les hommes jouent des rôles de super héros, d’hommes tout puissants ou de riches hommes d’affaires. Le personnage féminin a toujours le même rôle : la secrétaire, la femme au foyer ou la prostituée.

C’est à la suite de cela que le test de Bechdel a été inventé, pour voir si un film est sexiste, ou s’il représente correctement les femmes. Ce test s’articule autour de trois questions : Y a-t-il au moins deux femmes dans le film, qui sont nommées ? Ces femmes se parlent-elles ? Est-ce que ces femmes parlent d’autre chose que d’un homme ?

La plupart du temps, ce test met en lumière que les rôles donnés aux femmes les rendent dépendantes d’un personnage masculin ou alors que le rôle est tout simplement limité. De nos jours, certains rôles enfreignent la norme, ce qui est une bonne chose, comme par exemple le personnage de Katniss dans Hunger Games ou encore celui de Miranda Priesley dans Le diable s’habille en Prada, où la femme est mise à l’honneur. Même si pour ce dernier exemple, le personnage féminin tout puissant est vu comme quelqu’un de très autoritaire et tyrannique, alors que si on avait pris le même personnage, avec le même caractère pour un homme, ce serait juste un homme qui en veut, qui sait se faire respecter et qui gère correctement son entreprise. Les stéréotypes ont encore de beaux jours devant eux…

Les réalisatrices sont de plus en plus nombreuses à travailler dans des genres cinématographiques qui sont d’habitude dominés par les hommes, comme l’action, l’horreur ou la science-fiction, à l’image de Kathryn Bigelow dont on a parlé précédemment. De plus, certaines réalisatrices comme Catherine Hardwicke, Anne Fletcher ou encore Nancy Meyers ont connu de grands succès, qui ont rapporté des millions de dollars. Pour ses cinq long-métrages, par exemple, Nancy Meyers a engendré 1 157 millions de dollars à travers le monde.

Le Center of the Study of Women in Television and Film est un centre consacré à l’étude de la place des femmes dans l’industrie cinématographique. Chaque année un rapport est publié pour montrer la contribution des femmes dans les métiers du cinéma. Malheureusement, la plupart du temps, les statistiques sont quasiment les mêmes d’année en année. Ce centre consacre également du temps à l’écriture d’articles pour montrer la façon dont les femmes sont vues dans le cinéma, autant en tant que cinéastes ou techniciennes, qu’en tant que personnage fictif. Cela permet de voir où les femmes se situent, si elles sont bien représentés ou non, et de quelle façon elles sont représentées.

Le cinéma féminin a un impact assez important et visible sur la société américaine. En effet, le fait que les femmes soient de plus en plus nombreuses à s’imposer dans le cinéma, et que les rôles qui leur sont dédiés sont peu à peu vraiment représentatif des femmes fait évoluer les mentalités. Bien entendu, il y a encore beaucoup de travail à réaliser pour que les femmes soient réellement et correctement représentées, mais on peut se laisser croire qu’on y arrive tout doucement.

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  • Dans les autres pays

Dans presque tous les pays où le cinéma a un place dans la société, le cinéma féminin a fait parler de lui, a fait évolué les mentalités et a permis à des femmes d’obtenir une voix, et une reconnaissance qu’elles n’auraient peut-être pas eues sinon. Faisons un tour du monde des femmes qui travaillent chaque jour pour que le cinéma soit un peu moins masculin.

Pour les femmes afro-américaines, c’est Julie Dash qui a ouvert la voie avec son film Daughters of the Dust sorti en 1991, qui a été le premier long métrage écrit et réalisé par une femme afro-américaine. Ensuite, d’autres cinéastes ont émergé, comme Maya Angelou, Cheryl Dunye, Tracey Edmonds, Neema Barnette et Kasi Lemmons, par exemple. Nnegest Likké a, en 2006, écrit, réalisé et joué dans Phat Girlz, un film produit par un grand studio et c’est la première femme afro-américaine à le faire.

En Afrique, la journaliste camerounaise Thérèse Sita-Bella a réalisé le documentaire Tam-Tam à Paris en 1963. Safi Faye est une réalisatrice et féministe sénégalaise, qui a réalisé de nombreux documentaires et films sur le travail, la condition des femmes, le mariage arrangé et forcé. Elle est également la première réalisatrice noire africaine et a ouvert la voie à d’autres femmes, comme Yangba Léonie, Aminata Ouedraogo ou encore Rose Bekale. Le Festival international de films de femmes de Créteil lui a consacré, en 1998, une rétrospective. C’est dans ce même festival, qu’une dizaine d’années auparavant, ont été présenté des courts-métrages de réalisatrices africaines.

En Asie aussi, de nombreuses femmes font avancer la cause des femmes, à l’image de Deepa Mehta, Aparna Sen, Manju Borah, Mira Nair et Gurinder Chadha qui sont, en partie grâce au succès commercial de leurs films, parmi les réalisatrices indiennes les plus connues. En Inde, il y a beaucoup de cinéastes femmes qui ont réalisé des films remarquables. Côté japonais, Kinuyo Tanaka a longtemps été la seule réalisatrice. Malgré les critiques qu’elle recevait, elle a réussi à le devenir car elle jouissait d’un statut d’actrice vedette. Mais plus récemment, Naomi Kawase, une réalisatrice japonaise, a remporté le Grand Prix au Festival de Cannes pour son film La Forêt de Mogari. En Corée du Sud, Yim Soon-rye, So Yong Kim et Lee Suk-Gyung se sont fait connaitre en réalisant des films qui ont été des succès, et qui pour certains abordaient des thèmes féministes.

Ning Ying, en Chine, est une réalisatrice très connue pour avoir réalisé des films qui parlaient de la vie quotidienne chinoise. Li Yu a également fait sensation, avec son film Fish and Elephant, qui retracé une histoire d’amour lesbienne. En Malaisie, Yashmin Ahmad a dû se battre contre les conservateurs de son pays pour pouvoir réaliser des long-métrages. Les femmes pakistanaises commencent également à s’intéresser au cinéma, à l’image de Shamin Ara et Sangeeta qui réalisent des films féministes, ou encore Sabiha Sumar et Mehreen Jabbar qui parlent des problèmes que rencontre leur pays, dans leurs films. En Iran, la réalisatrice la plus connue est Rakhshan Bani-Etemad, qui a réalisé des films et des documentaires parlant de problèmes sociaux. Inoka Sathyangani réalise, au Sri-Lanka, des films qui traitent de thèmes qui la touchent, comme l’avortement par exemple.

En Amérique du Sud aussi, les femmes doivent se faire entendre et se faire une place dans le milieu du cinéma. Marta Rodriguez est une réalisatrice de documentaires colombienne. En Argentine, Maria Luisa Bemberg et Lita Stantic furent des pionnières dans leur domaine. Les réalisatrices ont commencé à réaliser des films dans les années 1930 au Brésil, bien que l’époque la plus prolifique ait tout de même été les années 1970. Au Mexique, c’est Matilde Landeta qui a été la première femme cinéaste, avec des films qui représentés des personnages féminins forts, puissants et réalistes dans un monde patriarcal.

En Europe également, les femmes ont fait entendre leur voix dans l’industrie cinématographique. Au Danemark, le premier long métrage réalise par une femme remonte à 1934 : c’est Ud i den kolde sne de Alice O’Fredericks. Elle deviendra par la suite l’une des réalisatrices les plus prolifiques dans son pays, avec plus de soixante-dix longs métrages à son actif. Parmi les autres réalisatrices danoises, nous pouvons citer Astrid Henning-Jensen, qui est devenue la première réalisatrice à être nominée pour un Academy Award avec Paw, Susanne Bier, première réalisatrice à remporter un Golden Globe, un Academy Award, un Emmy Award et un European Film Award, et Lone Scherfig, dont les films ont été nominés pour les Oscars, les BAFTA et un European Film Award. En Belgique et en Norvège, nous pouvons citer respectivement Chantal Akerman et Edith Carlmar comme réalisatrice de premier plan. En Hongrie, Marta Meszaros est une réalisatrice très connue. Elvira Notari était une pionnière du cinéma italien, et a inspiré d’autres femmes comme Lina Wertmüller et Liliana Cavani. La réalisatrice portugaise Manuela Viegas a réalisé Gloria, qui est considéré comme le point culminant d’un cinéma féministe, dans son pays.

En Allemagne, Leni Riefenstahl est décrite comme la plus grande cinéaste du 20ème siècle. Helke Sander, réalisatrice allemande, a été une pionnière du mouvement féministe. Monika Treut a gagné une reconnaissance en Allemagne pour ses films parlant de la sexualité queer. En Allemagne, des organisations ont également été mis en place pour aider les femmes cinéastes : plus d’attention, plus de discussions et davantage de financements vont aux réalisatrices. Côté espagnol, Ana Mariscal fut tout d’abord actrice, puis productrice et ensuite réalisatrice et scénariste, et elle est considérée comme une pionnière parmi les cinéastes espagnols. De nombreuses femmes ont connu le succès en Espagne, et ont fait évoluer les mentalités. En Angleterre, Jane Arden explore le féminisme, la folie, le mental des femmes et les évènements qu’elles vivent. Beaucoup de réalisatrices anglaises ont été récompensé pour leur travail, à l’image d’Andrea Arnold qui a obtenu deux fois le Prix du jury au Festival de Cannes. De plus, certains films réalisés par des femmes sont de très gros succès commerciaux, comme Mamma Mia !, qui est le film le plus rentable au Royaume-Uni et The Iron Lady qui a rapporté cent-quatorze millions de dollars à travers le monde. Sally Potter est une cinéaste féministe britannique, et Cinenova est une organisation basée à Londres qui distribue les films qui sont produits par des femmes.

En France, comme nous l’avons abordé précédemment, de nombreuses femmes ont pris part à l’histoire du cinéma : Alice Guy-Blaché, qui a été la première réalisatrice et la première réalisatrice de fiction, Germaine Dulac, la réalisatrice la plus créative lorsqu’il s’agit de films d’art, Marie-Louise Iribe, qui est passé de la production à la réalisation. Marguerite Duras a écrit le scénario d’Hiroshima Mon Amour d’Alain Resnais, en 1959 et par la suite, elle s’est tournée vers la réalisation. Beaucoup de réalisatrices françaises sont très connues, comme Agnès Varda, Diane Kurys, Nelly Kaplan, Claire Denis, ou plus récemment Zabou Breitman, Maïwenn, Mia Hansen-Love ou encore Virginie Despentes.

Le cinéma féminin, à travers les pays, a montré à tout le monde ce dont les femmes sont capables, et a ouvert la voie aux futures générations de femmes, qui réaliseront toujours plus de films, seront de plus en plus représentées et auront de belles récompenses pour leur travail.


J’espère que cette dernière partie vous aura plu ! N’hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce petit projet, et si des autres thèmes (qui s’y rapportent de près ou de loin) vous intéressent, parlez moi-en et je pourrais peut-être en faire un article ! En attendant, retrouvez moi sur instagram. Et n’oubliez pas, soyez audacieux !

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